2 bonnes raisons de lire Corniche Kennedy

affiche-corniche-kennedy-cinema

Cet article aurait fait un très bon « S’avouer vaincu #2″, oscillant entre étonnement, découragement et constat lucide. J’aurais alors opté, sans aucun doute, pour un de ces titres à rallonge des plus évocateurs : « S’avouer vaincu : de la conscience aussi soudaine qu’aigüe d’habiter dans un trou paumé », auquel j’aurais pu ajouter le sous-titre suivant : « le jour où j’ai voulu aller voir Corniche Kennedy dans mon cinéma Gaumont Pathé et que je me suis rendu compte qu’il ne passait pas ». Problématique de toute éternité, celle de la non porosité des grandes villes qui gardent toute la culture pour elles et obligent les villageois que nous sommes à faire une croix sur leurs velléités culturelles ou à se traîner jusqu’à « la capitale ».

Qu’à cela ne tienne, nous nous en tiendrons donc au roman !

passion-lecture-corniche-kennedy-kerangal

« Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept, et c’est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison. »

« Puisque frimer précisément, tchatcher, sauter, plonger, parader, c’est ce qu’ils font quand ils sont là, c’est ce qu’ils viennent faire. La Plate est une scène où ils s’exhibent […]. »

Corniche Kennedy, Maylis de Kerangal

Corniche Kennedy, Marseille. Les « petits cons de la corniche » se donnent rendez-vous sur la « Plate », amas de rochers, de béton, entre la mer et la ville, pour y jouer le film de leur adolescence. Désœuvrés, recrachés par la ville, les ados de la corniche s’entassent en bandes informelles, s’observent, se toisent, se découvrent, se provoquent. Le fera, le fera pas ? La bande d’Eddy, elle, ose : sauter du promontoire, tout en haut de la corniche, un saut périlleux et formellement interdit par les arrêtés municipaux.

En proie aux trafics les plus divers, la cité maritime a de quoi occuper le commissaire Opéra, dont le bureau, situé à une centaine de mètres à peine de la Plate, lui offre une vue imprenable sur la corniche, ses occupants et leur passe-temps prohibé. Un jour, pourtant, il faudra bien que les jeunes fassent le saut de trop pour que tout bascule.

corniche-kennedy-folio-kerangal

Lire Corniche Kennedy, c’est un peu revivre son adolescence. On peut faire confiance à Maylis de Kerangal pour trouver les mots justes pour nous replonger au cœur d’un drame que nous avons joué tous les jours, adolescents : celui de faire partie de la bande, d’oser, de braver les interdits, d’avoir de l’audace, de vivre comme si chaque seconde était absolument déterminante dans la construction de notre personnalité.

« […] foutent rien ces gosses, toute la journée se prélassent, ne pensent qu’à sauter dans la mer et à se rouler des joints, à faire joujou sur les portables, changent de jingle toutes les deux minutes et prennent des photos n’importe comment, que des conneries, voilà, aucun sens de l’effort, des merdeux, des branleurs, auraient bien besoin qu’on leur foute des coups de pied au cul, qu’on leur apprenne un peu la vie – mais, princes du sensible, ils sont beaux à voir, assurément. » p.18 (Folio)

Lire Corniche Kennedy, c’est aussi et peut-être avant tout se laisser porter par un tempo. Celui des mots qui claquent, qui tapent, qui fusent, qui filent. C’est faire le grand saut soi-même, bondir de page en page. On a le vertige, mais on en redemande. Pas de temps mort, avec Maylis de Kerangal on se prend à lire avec le souffle court.

Bonne semaine les amis ! Ne faites pas comme Minette qui dort, dort, dort : lisez, lisez et relisez !

minette-british-shorthair-chat

Publicités

3 réflexions sur “2 bonnes raisons de lire Corniche Kennedy

  1. J’ai aussi ris jaune quand j’ai voulu aller voir Polina dans mon cinéma mais malheureusement ils ne le distribuaient pas sauf dans ma grande la plus proche à trente minutes en TER TT Tout à fait d’accord avec toi sur les mots qui portent et le rythme totalement saccadé de l’écrivain, j’ai adoré sauf la fin TT

    Aimé par 1 personne

  2. Ah, je ne le connais pas ce livre là! j’ai lu d’autres livres de cette auteure et j’avais beaucoup aimé! hop, dans ma LAL( liste à lire ), j’ai aussi une LAT ( liste à tricoter ) et pour dame Minette, la nôtre est noire mais elle est en même mode.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s