Le livre à lire pour en finir avec la langue de bois

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Il y a des jours où l’on se tamponne le coquillard du monde extérieur et de ce qui s’y passe . La baraque d’en face pourrait cramer qu’on resterait vissé dans son fauteuil sans lever le petit doigt. Au diable l’altruisme… et les « altruisteux ». 

Et puis il y a des jours où il ne faut pas avoir peur des mots. Où il faut appeler un chat un chat et voir la réalité en face. En ces temps où nos petits politiques s’agitent à longueur de journée pour se hisser sur le podium présidentiel, nous tirant leur langue de bois à défaut d’avoir de véritables propositions à nous mettre sous la dent, il m’a semblé bon de mettre un peu de côté le parler lisse et le penser correct. De s’affranchir des beaux discours, des fausses promesses, du conformisme ambiant, de cette bien pensance qui croit savoir qui sont les Français. Y a des claques qui se perdent, comme on dit. [Et puis il y en a d’autres qui trouvent allègrement leur destinataire…] Vous l’aurez compris, je préfère les livres, et je préfère surtout les gens qui osent dire la vérité.

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Lorsqu’il publie son premier roman à 21 ans, Edouard Louis, élève à l’ENS, jeune homme bien sous tous rapports, n’est pas près d’oublier d’où il vient. Dans son village natal de Picardie, les hommes se bousillent la santé à l’usine pour trois francs six sous, les femmes s’abrutissent devant la télé, les ados zonent dans les rues, les filles draguent les garçons, et surtout les garçons draguent les filles. Alors forcément, avec sa voix trop haut perchée, ses manières, son déhanchement trop prononcé et son désintérêt total pour le football, Eddy détonne.

Mes parents appelaient ça des airs, ils me disaient Arrête avec tes airs. Ils s’interrogeaient Pourquoi Eddy il se comporte comme une gonzesse. […] Ils pensaient que j’avais fait le choix d’être efféminé, comme une esthétique de moi-même que j’aurais poursuivie pour leur déplaire.

En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis

Mais qu’Eddy se rassure : s’il lui est impossible, à dix ans, de trouver sa place et son identité dans une micro-société où la différence ne fait pas partie des alternatives possibles, d’autres s’en donnent à cœur joie pour lui.

Personne n’y prenait garde autour mais tout le monde l’entendait. […] je me souviens des sourires de satisfaction qui apparaissaient sur le visage d’autres dans la cour ou dans le couloir comme le plaisir de voir et d’entendre le grand aux cheveux roux et le petit au dos voûté rendre justice, dire ce que tout le monde pensait tout bas et chuchotait sur mon passage, que j’entendais Regarde, c’est Bellegueule, la pédale.

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Passages à tabac dans les règles de l’art, insultes, humiliations quotidiennes au collège comme à la maison, Edouard Louis raconte, comme un exutoire, avec affect sans doute, selon le prisme de sa propre vérité, certainement. Il a au moins le courage de peindre le véritable tableau de la France qui boit pour oublier pauvreté, ennui, chômage et qui ne sait pas comment s’en sortir.

Mais d’abord, on ne pense pas spontanément à la fuite parce qu’on ignore qu’il existe un ailleurs. On ne sait pas que la fuite est une possibilité. On essaye dans un premier temps d’être comme les autres, et j’ai essayé d’être comme tout le monde.

Le récit d’Edouard Louis est à la fois sordide et splendide. Son écriture poignante se nourrit de toute cette oralité que l’auteur a à cœur de retranscrire (« Qu’est-ce qui fait le débile là ? », « On va aller en boîte trouver de la meuf, choper de la sarcelle à talon »). Progresser dans un récit aussi dur et ordurieux est douloureux, certes, et cette France n’est pas belle à regarder, mais on en sort tout de guingois, conscient de s’être pris la réalité en pleine gueule, d’avoir découvert une autre facette de notre pays, dont politiques et journalistes se gardent bien de nous parler. Instructif, donc et terriblement nécessaire.

Et vous, quel livre lisez-vous pour vous prendre la réalité en pleine tête ?

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Une réflexion sur “Le livre à lire pour en finir avec la langue de bois

  1. Tout à fait d’accord avec toi  » il faut en finir avec la langue de bois », aujourd’hui, plus que jamais toute la population sait ce que c’est. Je viens de finir « Tu rêves encore » de Guillaume Le Touzé. Une histoire prenante qui se lit très vite. Un style un peu trop épuré à mon goût et si je pouvais, je changerai les trois dernières pages qui dénotent complètement. Tout le livre à part ces pages, est un livre d’espoir .Bonne lecture !

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