Le roman à lire sur le Pont des Arts

Certains auteurs ont le chic pour vous murmurer des mots doux à l’oreille. J’aimais déjà David Foenkinos, son style, sa façon de raconter les histoires, alors quand il a sorti un roman qu’il a appelé Charlotte, je me suis tout de suite dit qu’il avait décidément fort bon goût. Après ça, le Renaudot et le Goncourt des lycéens c’était presque une formalité, tout était dans le titre, vous comprenez.

Trève de narcissisme ! J’ai terminé Charlotte il y a quelques semaines, et j’en garde un souvenir très délicat. On y traite pourtant de la guerre, de la montée du nazisme et de l’extermination des Juifs. A priori, que du lourd. Et pourtant ! David Foenkinos a réussi à mettre beaucoup de poésie et de délicatesse dans son récit, alors même qu’il a choisi d’écrire, non pas de manière linéaire et continue comme on écrit d’habitude, mais en posant des phrases, les unes en dessous des autres. On pourrait penser que le tout est haché, mais on ressent au contraire un profond respect très enveloppant de la part de l’auteur pour l’héroïne.

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Cette héroïne, justement, parlons-en. Charlotte Salomon est une artiste peintre. Née à Berlin dans une famille où la « mélancolie » et le suicide sont pour ainsi dire une tradition, Charlotte perd sa mère alors qu’elle est encore enfant, d’une mauvaise grippe, lui dit-on, d’un suicide, en réalité. Charlotte grandit ainsi dans le mensonge, protégée par ses grands-parents et par son père qui guettent chez elle tout signe de cette « mélancolie » qui semble frapper les leurs successivement. Ceci dit, le monde lui-même est une folie : le nazisme monte petit à petit et exclut progressivement les familles juives de la société allemande. Il faut d’abord arrêter le lycée, à une année du diplôme. Chance immense, Charlotte est admise aux Beaux Arts malgré ses « origines ». Il y a du génie dans ses travaux, c’est indéniable, un professeur la soutient, elle est acceptée. Mais la menace est de plus en plus palpable. Lauréate du premier prix de son école, elle n’est pas autorisée à le récupérer, doit faire profil bas, « c’est trop dangereux », c’est honteux. L’exclusion est totale, l’étau se resserre.

Charlotte tombe alors amoureuse d’un ami de sa belle-mère, juif lui aussi. Charlotte et lui se retrouvent en ville, bravant tous les interdits. Pour Charlotte, c’est une passion fondatrice et obsédante dont elle se souviendra toute sa (courte) vie.

Les grands-parents de Charlotte, eux, ont déjà quitté l’Allemagne depuis longtemps. Ils se sont réfugiés chez une amie, dans le sud de la France. Ils font pression sur le père de Charlotte et sur sa nouvelle compagne pour que Charlotte quitte cet enfer allemand et retrouve un peu de douceur dans la lumière niçoise. C’est durant cet exil que Charlotte va entreprendre la création d’une oeuvre polymorphe d’une grande modernité.

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Mais Charlotte, c’est aussi l’histoire de la création artistique, de l’écriture. David Foenkinos livre sa quête, son obsession, avec beaucoup de simplicité et de modestie. Il nous emmène dans tous les recoins de son propre travail d’artiste, avec authenticité, sincérité.

Pendant des années, j’ai pris des notes.
J’ai parcouru son oeuvre sans cesse.
J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?
Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.
Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une obsession physique, une oppression.
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.
Alors j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

David Foenkinos, Charlotte, éditions Gallimard

Indéniablement le meilleur roman que j’aie pu lire de David Foenkinos à ce jour ! Une belle ode à la création et à l’art sous toutes ses formes. Avec ça, on peut bien s’offrir le Pont des Arts, non ?

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Bonne lecture les amis !

PS : Merci à mon top model pour les photos et à ma copine Clairette pour ses conseils parisiens avisés !

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4 réflexions sur “Le roman à lire sur le Pont des Arts

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