Le livre à lire 101 ans après le début de la guerre de 14

Alerte rouge sur le blog de Papier Glacé : la canicule a encore frappé ! Mon cerveau ramolli par la chaleur ambiante peine à avancer dans ses lectures. Le temps passe, je butte plusieurs semaines sur un roman casse-tête, je lis à vitesse d’escargot et, résultat, je laisse passer nos rendez-vous. Honte sur moi pour douze générations !

Cela dit je vais encore faire irruption dans votre été. Vous pensiez vraiment que vous alliez vous la couler douce et enchaîner les parties de Molkky sous ce cagnard ? Non, mais vraiment ? Alors que j’ai pile poil le livre qu’il vous faut pour vous remémorer vos souvenirs d’histoire de jeunesse ? Allons-y camarade, la machine à remonter le temps reprend du service !

Souvenez-vous donc de ces personnages célèbres et de ces fameuses dates (ah ! les dates !) qui ont peuplé vos révisions d’histoire à l’époque où vous passiez le baccalauréat. Je sais, c’est dur, mais faites un tout petit effort. Il y avait un certain archiduc François-Ferdinand, qui s’était fait zigouiller par un nationaliste serbe un 28 juin 1914. De fil en aiguille, éclatait un mois plus tard la première guerre mondiale. Oui, c’était un 28 juillet, c’est à dire il y a 101 ans et 9 jours. Vos connaissances historiques vous font un peu défaut ? J’ai exactement le « cahier de vacances » qu’il vous faut pour vous remettre dans le bain. Le roman s’appelle Au revoir là-haut, il est signé Pierre Lemaitre et il a remporté le Prix Goncourt en 2013. Je vous avais bien dit que c’était pile poil(u) ce qu’il vous fallait !

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Au revoir là-haut, en une seule phrase, c’est l’histoire de deux cabossés de la vie, rescapés des tranchés, dont le destin se trouve lié suite à une tentative de meurtre, puis à une tentative de sauvetage, et rebelote…. Je m’explique !

Edouard et Albert sont des camarades de tranchée. Ils ont survécu à toute cette guerre et, à quelques jours de l’armistice, chacun commence à se considérer comme un miraculé. Et puis voilà que le lieutenant d’Aulney-Pradelle, arriviste s’il en est, en mal de galons et de reconnaissance, décide de lancer une dernière offensive. Merde alors, personne n’a envie d’aller se faire zigouiller après avoir survécu à quatre ans de conflit !

Emmerdé, le d’Aulney-Pradelle ! Mais la solution ne tarde pas à lui venir : ni une, ni deux, il tire dans le dos des éclaireurs envoyés à la rencontre des Boches. Survoltés qu’ils sont, les camarades ! Et l’attaque de se lancer, pour le plus grand bonheur du dit lieutenant ! Seulement, arrivé à hauteur des corps, Albert Maillard, petit comptable étourdi, gauche et pensif, comprend que le coup bas vient du lieutenant, pas des Boches. Ca cogite dans la tête de Maillard, mais d’Aulney-Pradelle est plus rapide : il pousse Maillard dans un trou d’obus profond comme deux hommes, bon débarras, et poursuit son attaque.

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Albert se voit mourir, asphyxié, coincé à côté d’une tête de cheval mort à l’haleine putride, sous des tonnes de terre. D’ailleurs ça y est, l’air se fait rare, c’est la fin. « Au revoir là-haut » crie-t-il en pensée à sa fiancée.

Bref, ça sent le sapin pour Albert. Mais Edouard, fils d’un grand homme d’affaires, homosexuel rejeté par son père et grand dessinateur, a tout vu, tout compris, et, du côté des vivants, il commence à déblayer la terre pour sortir ce camarade qu’il a vu disparaître, emporté sous un monticule de terre projetée par les obus qui continuent à pleuvoir un peu partout. A quelques minutes près, Albert y passait. Edouard le sort de là, son camarade vomit tripes et boyaux, mais il se réveille ! C’est un miracle, la guerre est presque finie et tout le monde est vivant….

Sauf que. Dans cette pluie d’obus qui tombent de ci de là, l’un tombe pile sur nos deux miraculés. Albert est sauf, mais Edouard le prend en pleine poire. Il aurait pu mourir, lui qui avait sauvé son camarade enseveli. Mais la vie lui réserve un tout autre destin : Edouard se retrouve avec une patte en miette et un trou béant au milieu du visage, avec les chairs à vif, la trachée qui prend l’air et tout le toutim. C’est moche, très moche. Quoi qu’on fasse, avec la guerre on finit toujours par perdre.

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Au revoir là-haut raconte alors les tribulations de ces deux rescapés, enchaînés l’un à l’autre par une affaire d’humanité, ou de culpabilité, tout dépend comme on voit les choses. Albert, sauvé, se sent malgré lui pieds et poings liés à ce jeune homme singulier au visage troué, qu’il va tenter de sauver à son tour. D’aventures en mésaventures, ces deux amis de fortune vont aller jusqu’à monter une escroquerie nationale où il est question de poilus, de monuments aux morts et d’hommage aux victimes.

L’écriture de Pierre Lemaitre est superbe, naturelle, authentique, fluide. Au revoir là-haut est tout à la fois un récit macabre des horreurs de la guerre, de ses gueules cassées, de ses odeurs de mort et de ses hommes faits chair à canon, une critique de l’armée, de l’Etat, de l’administration, de l’opportunisme d’après-guerre, du commerce des vivants et des morts et une réflexion sur le patriotisme, la lâcheté, la loyauté.

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En somme : Pierre Lemaitre, grand conteur au langage plein d’images qui fleurent la France et l’après-guerre !

La bonne nouvelle, c’est qu’une fois que vous aurez terminé Au revoir là-haut, vous pourrez découvrir d’autres romans de l’auteur. Actuellement en pleine lecture du thriller/policier Un travail soigné : je me régale !

Bonne semaine les amis ! Au plaisir de vous lire !

PS : Minette n’a pas souhaité apparaître sur les photos aujourd’hui, je la soupçonne de prendre la grosse tête… affaire à suivre !

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4 réflexions sur “Le livre à lire 101 ans après le début de la guerre de 14

  1. Ah, c’est une livre que j’ai beaucoup aimé! une grande oeuvre pleine d’humanité, de désespoir et malgré tout d’optimisme; A mettre en parallèle avec les « classiques » qui ont parlé de cette guerre terrible,dont le magnifique et poignant  » les Croix de Bois » de Roland Dorgeles, hélas oublié …

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    1. Merci pour votre fidélité Claude et pour vos commentaires que j’ai toujours plaisir à découvrir !! Je n’ai pas encore lu les Croix de bois, on me l’a effectivement beaucoup recommandé, il faut que je m’y mette. Bonne journée !

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  2. Ça doit sentir bon la fleur d’oranger sur le balcon ! Je transmets cela à Daniel, je sais qu’il adorera ce livre. J’ai été très intéressée par le commentaire, mais déjà j’ai mal, »rien que d’imaginer » et mon cœur s’affole un peu. Je suis vraiment fleur bleue ! La preuve, j’ai eu du mal à finir SEGOU , histoire d’une famille en Afrique, instructive mais déchirante et révoltante. Parfois les réactions des personnages sont un peu illogiques mais quand on est dans une contrée qui n’a pas les mêmes coutumes que nous, comment comprendre les comportements ! d’où de nombreuses poses et le désir de m’arrêter… justement, il fallait aller jusqu’au bout pour bien comprendre le sens de cette histoire. Je mets quand même Adieu là-haut sur ma liste « à lire « , qui s’allonge énormément car je déguste plus que je n’avale…

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  3. Désolée, j’ai confondu les tomates et les oranges. D’ailleurs, les oranges, c’est un fruit d’hiver ! J’espère que vos tomates ont du goût…euh.. du coup !

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