Le livre à lire avec une couche de riz, deux couches de courgettes et deux couches de crème

Il pleuvait fort sur la grand-route, elle cheminait sans parapluie, j’en avais un, volé, sans doute, le matin même à un ami. Courant alors à sa rescousse, je lui propose un peu d’abri. En séchant l’eau de sa frimousse, d’un air très doux elle m’a dit « oui ».

Un p’tit coin d’parapluie, contre un coin d’paradis. Elle avait quelque chose d’un ange. Un p’tit coin de paradis, contre un coin d’parapluie, je n’perdais pas au change, pardi !

Le parapluie de Georges Brassens

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Cette chanson pleine de poésie, Brassens aurait pu l’écrire pour mettre en musique le roman du jour, amies lectrices, amis lecteurs. Si seulement Thibault avait pu offrir un petit coin de paradis à Mathilde, les deux êtres pétris de solitude qui auraient pu se percuter sous la plume délicate quoique prodigieusement violente de Delphine de Vigan dans Les heures souterraines. Mais les heures qui nous occupent sont sombres et chacun évolue dans sa solitude. « […] les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s’effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants. »

Mathilde élève seule ses trois enfants depuis la mort de son mari. Elle a réussi à décrocher un poste à la Direction Marketing d’une grosse boîte. Un boulot qui la stimule, qui lui permet de relever la tête, de s’épanouir au côté de Jacques, le Directeur Marketing, un homme dont on connaît les humeurs, mais qui lui fait confiance et lui permet de prendre de plus en plus de responsabilités. Un jour, lors d’une réunion durant laquelle Jacques fait preuve de partialité et de jalousie à l’égard d’un consultant, Mathilde a le malheur d’avoir un avis différent de celui de Jacques. Elle est satisfaite du travail réalisé par le consultant et le lui dit.

Durant les semaines qui suivent, le changement est d’abord imperceptible : une réunion annulée, puis deux, une sécheresse dans les propos de Jacques. Petit à petit, Jacques coupe tous les liens qui existent entre Mathilde et le reste de l’entreprise. Il annule toutes leurs réunions de suivi, la dessaisit petit à petit de ses dossiers, la met à l’écart, lui refuse des entretiens, ne la convie pas à des réunions importantes. Bientôt, toute l’équipe se met à regarder Mathilde de travers. Bientôt elle n’est plus qu’une ombre dans un couloir : Jacques détruit consciencieusement tout ce qu’il reste de cette femme qu’il tient pour folle et qu’il a de fait mise au placard. Victime de harcèlement moral, Mathilde s’épuise, se fane, s’effrite, perd peu à peu toute substance. La violence de son désespoir est d’une puissance inouïe, elle dépasse le cadre du roman et vient nous prendre à la gorge, nous lecteurs, nous étouffer, nous projeter dans un monde dur, froid, cruel, solitaire.

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Ou bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, rebroussez chemin, posez votre sac, ne restez pas debout, installez-vous à cette table, c’est fini, vous n’irez plus, ce n’est plus possible, vous allez vous battre, nous allons nous battre, je serai à vos côtés. […] Quelqu’un qui comprendrait qu’elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l’essentiel.

Les heures souterraines,  Delphine de Vigan,  éditions JC Lattès

Cet homme pourrait être Thibault, dont la vie se déroule parallèlement à celle de Mathilde. Un chapitre pour l’un, puis un chapitre pour l’autre. Thibault lui aussi est plongé dans la solitude de la ville. Amoureux d’une femme incapable de l’aimer, Thibault est médecin urgentiste et passe ses journées à errer, au volant de sa voiture, d’un patient à un autre, d’un malade à un autre, d’un être solitaire à un autre, à la recherche d’un peu de douceur et de chaleur. Mais alors Mathilde et Thibault pourraient se croiser justement, s’effleurer, se percuter ? A quelques mètres l’un de l’autre ils pourraient se reconnaître, se trouver… Qu’en sera-t-il ? Lisez les premières pages et laissez-vous capter par ce récit poignant que Delphine de Vigan fait de notre société déshumanisée.

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« Les gens désespérés ne connaissent pas les bienfaits de la crème fraîche », proverbe chinois du XIIe siècle.

Face à la cruauté du monde, un autre proverbe chinois dit que la recette du bonheur est toute simple :

  • avoir un chat
  • superposer une couche de riz, deux couches de courgettes, deux couches de crème fraîche, un peu de gruyère râpé et en avant Guingamp !

L’info n’est peut-être pas de première main, mais ça valait le coup d’essayer.

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Les ingrédients du gratin du bonheur, pour deux personnes :

  • un mélange riz complet / riz blanc (j’ai utilisé du basmati, mais chacun est libre d’y mettre son grain… de sel !)
  • deux courgettes
  • entre 30 et 40 cl de crème fraîche (si le bonheur est bien dans la crème, mieux vaut ne pas passer à côté, alors arrosez !)
  • du gruyère râpé ou des rectangles d’emmental, de fromage de chèvre, de brebis, de lama… à votre convenance !
  • du poivre et du sel

Vous allez apprécier la simplicité de la recette – vous remarquerez que la facilité d’exécution est une constante chez moi, devrais-je en conclure que je suis piètre cuisinière ? (Le saurais-tu Quintus, le saurais-je ? … ça c’est pour les fans de Gladiateur…) Bref, je m’égare.

  1. Préchauffez votre four à 180 °C-200 °C.
  2. Tapissez de riz le fond de votre plat. Plus on est de fous, plus il y a de riz, c’est bien connu. N’empêche, n’en mettez pas trop, sinon ça devient vite bourre-bourre.
  3. Coupez l’une des courgettes en fines lamelles – c’est le moment de jouer de la mandoline si vous avez ça dans vos placards – et disposez-les sur la couche de riz.
  4. Recouvrez les courgettes de crème fraîche.
  5. Salez, poivrez.
  6. Rebelote : coupez la 2e courgette en fines lamelles – mandolino, mandolina – puis disposez-les sur la couche de crème.
  7. Recouvrez une fois de plus les courgettes de crème fraîche.
  8. Cherry on the cake : c’est la couche de gruyère râpé.
  9. Sel, poivre et on enfourne pour 45 à 60 min.

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Simple, rapide, efficace. Si le bonheur est dans la crème, franchement ça vaut le coup de tester, non ? Pour voir le gratin une fois cuit, il vous suffit d’aller nous rendre une petite visite sur Instagram, l’occasion rêvée de vous abonner ?

Allez, crémez, crémez et recrémez ! A la semaine prochaine !

Ne lisez pas comme les enfants, pour vous divertir, ni comme les sots, pour vous cultiver. Non, lisez pour vivre.

Flaubert, Lettre à Mlle de Chantepie

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3 réflexions sur “Le livre à lire avec une couche de riz, deux couches de courgettes et deux couches de crème

  1. Je mélange souvent le riz et les courgettes. Avec cette recette, je ferai tout d’une seule pièce ! C’est bon et bien gratiné. Il me reste à lire le livre maintenant !

    Aimé par 1 personne

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